Les Sourates libertaires



Couverture de Les Sourates libertaires

« treize & deux épîtres aux citoyens »

poèmes politiques de Franck Laroze

Sens & Tonka éditeurs, Paris, 2000 - ISBN 2-910170-99-3 (commander)



Adaptations théâtrales

>> H Manifeste(s), cab@ret politique, Cie Incidents Mémorables:
11° Rencontres internationales de théâtre, TnDB/Centre Dramatique National, Dijon, (18 au 21 mai 2000)

>> Oz broyer du rose, Cie Leda Atomica:
Festival d'Avignon off (6 au 26 juillet 2004), Marseille (2006)

>> poetiK politiK Koncept, EvidenZ:
Théâtre Molière/Maison de la Poésie (Paris, 29 mars 2005) & Les Rencontres d'été, La Chartreuse - Villeneuve lez Avignon (21 juillet 2005)


Adaptations sonores

(performances - lectures publiques & radiophoniques)


>> France Culture: émission « Poésie studio » d'André Velter, lecture par l'auteur, 2000

>> performance po(l)émi(k)x de l'auteur, festival « Muzzix #7 », La Malterie, Lille, réalisation multimédia de P. Boisnard, 19 janvier 2007 (voir la vidéo)

>> Rassemblement indignés anti-nucléaire, C.R.I.S.E. , Sans-Noms: journée de manifestations interrégionales Antinucléaires & Journée Internationale des Indignés ; lecture par Joan J., Nancy - Place Maginot, 15 octobre 2011

>> 8° édition de La Nuit européenne des Musées à la Maison Victor Hugo (Paris, 4° arr.), lecture par les étudiants du Conservatoire municipal Francis Poulenc (Paris, 16° arr.), 19 mai 2012

>> « No more Fukushima » à la Maison Laurentine en l'Eglise Notre-Dame de l'Assomption d'Aubepierre-sur-Aube, 10/03/2013: lecture/performance de Genèse de l'Apocalypse par Franck Laroze, composition sonore live de Charles-Eric Péard, avec Sylvie Clémençot.





Extraits


Audio

performance Genèse de l'Apocalypse par l'auteur & Charles-Eric Péard, La Maison Laurentine, Aubepierre-sur-Aube 2013



performance polemi(K)s par l'auteur, La Malterie, Lille, 2007


Textes


L’ÉVANGILE DES FOUS

(LES NOUVELLES TABLES DE LA LOI)


J’achète donc je suis

J’achète donc tu me suis

Je t’achète donc tu m’aimes

Tu m’achètes donc je te hais

Je te vends donc tu m’aimes

Tu me vends donc je te suis

Je t’aime donc je t’achète

Tu me hais donc tu me vends

Il se vend donc il se hait

Il t’achète donc il t’aime

Nous vendons donc nous nous haïssons

Nous nous vendons donc nous nous suivons

Vous nous vendez donc nous vous achetons

Vous vendez donc vous en êtes

Ils se vendent donc ils achètent

Ils s’achètent donc ils se haïssent

Ils achètent donc ils nous suivent

Ils m’achètent donc je les suis

Je me vends donc je m’en veux

Je m’achète donc je m’achève

Je vends donc je me rachète

J’achète donc ils m’en veulent

Ils me veulent donc je nous vends


Vous m’achetez donc je suis



Si...

Si tu n’es attiré que par la facilité ou le fastueux
et si en toute chose tu ne considères que l’utilité
si tu es angoissé à l’idée du temps passé face à toi-même
et si tu ne te sens vivre qu’au sein houleux de la foule

Si les odeurs exhalées par les terres automnales te font bander
et si tu ne vois qu’anus à perforer derrière les yeux de qui tu désires
si l’incessant grouillement organique te révulse
et si tu te sens élu pour faire surgir l’ordre du chaos naturel

Si la pureté t’embrase dès qu’elle est invoquée
et si les discours de puissance te plongent dans l’extase
si l’efficacité et la spécialisation sont tes maîtres mots
et si l’oisiveté à féconder te répugne franchement

Si tu t’effraies d’un rien ou du moindre bruit
et si tu ne retrouves le calme que dans la tourmente provoquée
si ton imagination s’enflamme à l’évocation des gloires du passé
et si l’avenir n’est pour toi qu’abîme à repousser ou montagne à gravir

Si le couchant ensanglanté te donne de délicieux frissons
et si des lueurs dispersées dans la nuit t’agacent
si tu méprises les mots des livres ou crois pouvoir t’en dispenser
et si tu aimes imiter sans l’avouer les images qui te fascinent

Si d’avance tu es écœuré par un raisonnement excédant deux minutes
et si tu dis que la même et simple raison peut gouverner tout l’humain
si tu crois à l’âme nécessaire et providentielle des chefs
et si d’infimes efforts conjugués t’exaspèrent

Si tu ne galopes avidement qu’après de vastes synthèses
et si toute critique étayée ou tout paradoxe te hérisse
si le silence partagé en pleine confiance t’oppresse à mort
et si tu apprécies tout cérémonial boursouflé de musique

Si tu ne daignes pas t’abaisser à des tâches que tu juges dégradantes
et si tu te parfumes pour exterminer ton odeur
si tu préfères toujours les autoroutes aux sentiers
et si les étoiles ne sont pas la ponctuation de ton propre questionnement
Si tu confonds allègrement ton désir avec ta volonté
et si tes enfants comptent moins que tes parents ou plus que quiconque
si ton équilibre mental dépend de celui de tes finances
et si tu n’entreprends que pour vaincre ou réussir

Si tu crois aux frontières fictives plus qu’aux reliefs imbriqués
et si tu choisis les fruits plutôt que les graines
si l’ombre portée t’horripile alors que tu entends le ciel t’appeler
et si tu acceptes souvent de glisser de l’ironie au cynisme

Si tu ne conçois de dignité et de liberté que dans et par le travail
et si l’intelligence ne te sert qu’à asseoir ton pouvoir
si tu ignores dédaigneusement tes profondeurs mouvantes
et si pourtant tu te permets de décider pour autrui

Si pour toi l’homme n’est qu’un mâle et la femme une femelle
et si les rimes monotones te séduisent plus que les vers libres
si tu n’admires que ceux qui pansent et détestes les penseurs
et si la gaieté des apparences te semble plus vraie que la joie durable

Si tu détournes les regards du chien battu dans la rue
et si tu caresses les bêtes plus facilement que les humains
si tu crois que la culture n’est que ce que l’on t’a fait apprendre
et si les écrans petits ou grands t’absorbent mieux que la méditation

Si tu te sens instinctivement supérieur à ceux d’autres peuplades
et si tu veux cuisiner le monde à la mode de ton pays
si tu ne peux t’empêcher d’étiqueter les humains selon leurs origines
et si les pyramides te font davantage rêver que les nuages

Si pour toi l’humain n’est que produit ou matière à façonner
et si tu vois en la force la meilleure solution à tous les différends
si tu veux imposer des règles que tu es incapable de respecter
et si tu ne cherches l’apaisement que dans la certitude

Si tu n’acceptes d’obéir qu’en espérant commander à ton tour
et si tes acquis ne reposent que sur l’inévitable
si tu accuses toujours autrui des maux qui ne gisent qu’en toi
et si tu ne trouves ton bonheur que parmi tes semblables

Mais surtout si tu gobes tout ce que je te dis
ou si tu t’obstines à n’en rien retenir
si tu crois que cacher les problèmes équivaut à les résoudre
si tu exaltes la jeunesse parce que tu as peur de te sentir vieux
ou si tu exiges de la fermeté pour camoufler ta mollesse
s’il te faut rabaisser autrui pour te masquer ton insignifiance
et si tu ne peux t’affirmer qu’en répétant ce que tu as entendu
si la mort t’excite et la vie t’ennuie
si tu veux toujours maîtriser ce que l’on pense de toi
et enfin si tu ne réfléchis qu’après avoir agi
ou même si tu es convaincu que le fascisme n’est qu’une fatalité

Alors tu risques de basculer dans la pire des ornières
tu es mûr pour l’horreur recommencée
car alors tu seras une bonne poire blette de fasciste mon fils
tu seras la honte de ton espèce et la cause de ses déboires
le jouet de sournois qui se moqueront de toi
la négation de toute l’évolution
un misérable petit amas de ténèbres vociférantes
l’extrême désespoir de mon sang
et je ne pourrai que te renier
en épaulant ma joie à toute épreuve


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